Intervention de Pierre Breteau, Vice-Président de Rennes Métropole, Maire de Saint-Grégoire, lors du débat sur le PDU* à Rennes Métropole, le 30 janvier 2020

En préambule Monsieur le Président, alors que ce mandat touche à sa fin, je tiens à vous remercier personnellement pour la qualité globale non seulement de nos relations personnelles (mais cela n’a finalement que peu d’importance) mais au de cela non du respect et de la place accordée à la Minorité au sein des instances métropolitaines mais plus encore de votre volonté de rechercher les points d’équilibre nécessaire pour faire avancer cette Métropole, et donc notre territoire, de la façon la plus consensuelle possible. Sans jamais, et c’est normal, nuire à la place majeure de la Ville centre, vous avez eu à cœur de respecter la légitimité des communes et des Maires et je vous en remercie. Je formule le vœu que cette Métropole sache toujours respecter cet équilibre. Le fait de n’avoir pas cumulé la fonction de Maire de la Ville centre et celle de la Présidence de la Métropole a-t-il permis de faciliter cet équilibre … je formule le vœu que cet équilibre reste la marque de fabrique de cette assemblée.

Après ces propos bienveillants et sincères, je regrette presque devoir intervenir ce soir sur le PDU car évidemment ce sujet n’est pas consensuel. A titre personnel, je tiens à vous le dire tout de go, je voterai contre ce PDU.

Les problématiques de mobilité rencontrées à l’échelle de la Métropole relèvent essentiellement de la responsabilité de Rennes Métropole, en effet 93% des 1,5 millions de déplacements réalisés sur le territoire de Rennes Métropole sont réalisés par des métropolitains. Nous sommes donc au cœur de notre compétence.

Avant de parler solution, nous devons revenir sur quelques éléments clés du diagnostic.

  1. Une politique de transport qui n’intègre pas les dynamiques métropolitaines. La Métropole se caractérise par une relative étanchéité entre la Ville de Rennes d’une part et la Métropole hors Rennes d’autre part.

87 % des déplacements intra-Rennes sont réalisés par des Rennais. Seulement 13% des déplacements effectués dans Rennes le sont par des habitants extérieurs à Rennes soit 40 700 par des métropolitains non Rennais et 47 800 par des habitants extérieurs à Rennes Métropole. Les investissements en TSCP* (Métro) bénéficient donc à 87% aux Rennais, à 6% aux Métropolitains et à 7% aux autres habitants hors métropole. 25% des déplacements sont réalisés pour des motifs professionnels et se concentrent entre 7h et 9h du matin et 16h et 19h le soir. 70% de ces déplacements sont effectués en voiture. Ils expliquent à eux seuls les pics de congestion observés autour de Rennes mais aussi les pics de dégradation de la qualité de l’air. Ce sont ces déplacements du quotidien, ces déplacements non choisis, qui doivent constituer notre priorité majeure. La problématique des trajets domicile / travail reste la priorité à la fois sur le plan des mobilités mais aussi au regard des enjeux environnementaux. Cette problématique dépasse le périmètre Métropolitain mais concerne tout le Pays de Rennes et même un peu au-delà. En 6 ans nous aurions pu faire évoluer notre périmètre de transport au moins à l’échelle du Pays de Rennes, c’est à cette échelle que nous devrions voter le PDU mais non rien n’a été engagé sur ce plan. Nous avons perdu ce mandat pour mettre en cohérence nos outils de programmation à l’échelle de la vie quotidienne des gens… Nous n’avons même pas réussi à régler la problématique des interconnexions entre les réseaux métropolitains et régionaux (anciennement départementaux)… Du point de vue de la coopération sur cette question des transports nous avons perdu 6 ans donc.

  1. Une offre de transport en commun importante mais qui s’essouffle. Ramenée à la population, l’offre de transports collectifs est, parmi les grandes métropoles françaises, la plus importante à Rennes (53 km/habitant). Certes notre Métropole se distingue par une offre de transports collectifs parmi les plus importantes des grandes métropoles françaises. Avec un réseau de transports collectifs relativement performant sur le plan de l’exploitation commerciale (critères de fréquentation, recettes commerciales)…mais un réseau essentiellement concentrique, de moins en moins rapide et en décalage avec les besoins en mobilité des métropolitains dont les déplacements ne se concentrent plus vers Rennes. Un réseau qui perd en compétitivité car, à l’exception des trajets en TC dans la Ville-Centre qui diminuent très légèrement (effet métro), les temps de trajets en TC s’allongent tant dans les liaisons Rennes / Périphérie qu’entre les communes de la Métropole.

Dans ce mandat, aucune étude opérationnelle n’a été engagée pour améliorer l’offre de transport en commun post 2ème ligne de Métro. Parce que vous avez finis par entendre ce que nous disions depuis des mois, soucieux aussi de la concertation sur le PDU, vous avez engagés -un peu en catastrophe et très discrètement l’été dernier- des études de faisabilité pour proposer des solutions de Tram Bus qui permettent de sortir de la rocade en prolongement le Métro. Comment ne pas souscrire à l’objectif même si nous pensons qu’un bus en site propre n’est pas à la hauteur des enjeux.

En réalité, sur ce plan vous nous avez perdre 6 ans.

  1. Une politique des mobilités douces « en panne » !

« La part modale du vélo reste stable à Rennes et en légère baisse sur la Métropole ». (JJ. Bernard, Vice-Président en charge des mobilités à Rennes Métropole) – Communiqué de Presse Enquête OD – 13 septembre 2018

En effet, la part modale du Vélo (sauf marche à pied) est passé à 4% à Rennes Métropole (5% à Rennes et 2% dans les autres communes de la Métropole) et ne cesse donc de décroitre depuis 40 ans. Les fondamentaux pour favoriser le développement du Vélo à Rennes Métropole ne sont pas réunis. Au baromètre des Villes Cyclables, Rennes n’obtient qu’un moyen « D » avec une note moyenne de 3,38 après Strasbourg, Grenoble, Nantes et Bordeaux.

Cette note est même très dégradée sur des éléments essentiels tels que : la continuité des pistes cyclables, les liaisons entre les communes de la Métropole, la sécurité, le vol de vélo,…trop de coupures dans le réseau cyclable, un nombre insuffisant d’itinéraires vélo rapides et directs en particulier dans les déplacements métropolitains hors rennes, des stationnements vélos adaptés et en nombre suffisants.

« Rennes, une ville « moyennement favorable » aux vélos ? Interrogés sur les conditions de circulations des vélos, le confort des pistes cyclables… Près de 2000 Rennais ont répondu à l’enquête. Et tous s’accordent : le bémol en ville, c’est la sécurité des cyclistes. Nous réclamons plus de pistes cyclables, séparées des voitures. Surtout là où le différentiel de vitesse est important ». (Ouest France 4 Aout 2018).

Malgré le transfert de la compétence Voirie des communes et du Département, malgré le schéma directeur vélo dont le taux de réalisation est des plus mauvais, nous n’avons que peu avancé sur la question du Vélo dans notre Métropole,… là aussi, nous avons perdu 6 ans !

  1. Une politique des mobilités conçues de manière trop indépendantes des politiques d’aménagement de la Métropole. Dans son évaluation du précédent PDU, le Cabinet Planète public mandaté par la Métropole le disait lui-même. Un modèle de la ville-archipel qui interroge la place accordée aux transports collectifs en périphérie dans la stratégie de mobilité et qui démontre une « faible » coordination avec la politique Habitat (PLH) et d’urbanisme (PLU). La logique est plutôt l’adaptation de l’offre TC au développement résidentiel plutôt qu’une réflexion intégrée. Si la politique de développement urbain ne renie pas les objectifs du PDU mais les stratégies développées en matière d’aménagement (ville-archipel) /d’habitat (PLH) peuvent apparaître parfois divergentes avec une stratégie largement fondée sur la performance de l’offre de transports collectifs. Sur le terrain, les questions de mobilité n’apparaissent pas toujours prioritaires dans les choix d’aménagement. L’intégration de l’ensemble des outils de planification et d’urbanisme aurait utilement permis d’avoir une approche plus cohérente, la aussi nous avons manqué une occasion au cours de ce mandat.

  2. Un défaut d’infrastructures qui pénalisent l’accessibilité de Rennes, de son centre-ville, de la Métropole et plus globalement de la Bretagne. Globalement ce mandat se caractérise par le peu de travaux d’infrastructures réalisées des parkings relais tous situés en intra rocades et, pour la plupart, saturés, des grands équipements parfois peu ou mal desservis par les Transports en commun (Parc Expo, Ker Lann, Aéroport de Rennes..). Enfin très peu de nouvelles infrastructures de transit de Rennes réalisées depuis la Rocade elle-même, qui permet aujourd’hui au VP de la Région de déclarer dans un Comité de pilotage, l’accessibilité de Rennes devient un problème pour la Bretagne.

De ce point de vue aussi, sans doute un peu par dogmatisme, rien n’a été fait ni même initié dans ce mandat. Rien sur le contournement Sud-Est, rien non plus sur la route de Lorient, rien dans le Nord de l’agglomération. De ce point de vue aussi 6 années ont été perdues.

Depuis le début de ce mandat, et même un peu avant, nous ne cessons dans nos différentes interventions d’alerter mais surtout de proposer :

  • Bruno Chavanat lui-même dès le début de ce mandat (et même dès la campagne municipale 2014) nous invitait a lancé ET mettre en œuvre un grand plan Vélo ;

  • Nos alertes multiples sur la saturation, le positionnement et le fonctionnement inappropriés des parkings relais ;

  • Nos invitations répétées à desservir par des lignes expresses les grands équipements de la Métropole, tels que le Parc Expo, Ker Lann, l’Aéroport. Intervention sur la desserte de l’aéroport qui avait en son temps été moquée pour finalement être suivie d’effet au moyen d’un bus inauguré en grande pompe (certes pas la révolution) ;

  • Enfin, nos suggestions en début de mandat et plus encore lors des premiers débats sur le PDU des solutions trams / prolongation métro pour sortir de la rocade et offrir ainsi un TCSP performant pour tous les métropolitains et une alternative crédible pour la Voiture. Réponse avait été faite par la moquerie, sur le ton « ce débat a été tranché, le choix métro a été fait dans cette agglomération et vous avez toujours été contre »… je me réjouis donc aujourd’hui que nous ayons été visionnaires à notre tour puisque vous proposez aujourd’hui un tram-bus, c’est-à-dire en fait un bus cadencé en site propre qui roule pour l’instant encore au diesel sur des routes en bitume.

Certes ce PDU contient de bonnes pistes :

  • Oui il faut favoriser le vélo, je viens de le dire mais le plan proposé n’est plus à la hauteur des enjeux. Au-delà des 100 km, qui devraient plutôt être au moins 150 km, c’est la logique même, encore une fois concentrique que nous contestons. Il faudrait plutôt privilégier plutôt 9 axes structurants pour assurer la maillage de l’agglomération: trois axes Est-Ouest, trois axes Nord-Sud, un plan de résorption des points noirs et des discontinuités, des parkings sécurisés sur de véritables lieux intermodaux, une adaptation du réseau TC pour permettre de passer facilement d’un mode à l’autre ; 

  • Oui il faut agir sur les comportements, inciter les entreprises et les particuliers à favoriser le covoiturage mais ce n’est pas toujours possible et ce n’est pas possible pour tout le monde ou pour tous les déplacements ;

Mais ce PDU n’est pas assez ambitieux face à l’ampleur des problèmes auxquels nous devons faire face :

  • Il faut d’urgence engager des dessertes de TCSP dans les 4 quadrants de l’agglomération avec des solutions plus performantes que des bus, fussent-il en site propre et rebaptisés en tram qu’ils ne sont pas ;

  • Il faut créer de véritables nœuds intermodaux extra rocades aux extrémités de ces lignes de TCSP en créant plusieurs milliers de places autour de la rocade ;
  • Il faut être plus volontariste sur l’étoile ferroviaire et les solutions techniques pour permettre des dessertes toutes les 15’ sur les différents axes de l’étoile ferroviaire rennaise ;

  • Il faut traiter les problèmes d’infrastructures majeurs qui nuisent à l’accessibilité de Rennes mais aussi de toute la Bretagne ;

  • Il faut enfin changer d’échelle et gérer les mobilités à l’échelle du pays de Rennes.

Tout cela aurait dû être dans ce PDU que nous préparons depuis près d’un mandat … Ce PDU n’est pas à la hauteur de l’enjeu. Voilà pourquoi je ne le voterai pas.

*PDU : Plan de Déplacements Urbains

* TCSP : Transport en Commun en Site Propre